Réunion publique du 15 mai 2019

MOISSAC, VILLE SÛRE

Ré-occuper l’espace public, créer du lien entre les quartier et les communautés

Centre culturel Henri Ena – 38 participants 

Les réunions publiques de TEMS ont pour but de débattre des axes du projet pour Moissac préparés par les membres du collectif. Il n’est pas question d’y présenter un programme, mais d’y discuter et recueillir des propositions venant du plus grand nombre de personnes possibles.
A l’issue de ces réunions, le 23 octobre, une synthèse construite autour des 9 axes d’action sera présentée, ce sera la matière du projet programme que TEMS proposera et défendra lors des prochaines élections municipales à Moissac.

Ce projet se veut être le plus pertinent par rapport aux spécificités de Moissac et de son environnement, loin des programmes tout faits plaqués sur des réalités urbaines souvent très différentes

Marie (TEMS) : Qu’est-ce qu’un espace public ? un lieu sans bâtiments, une rue, une place, un trottoir… On pense que ce sont juste des passages, des endroits de convivialité.

A Moissac, le sentiment d’insécurité est fort, des incivilités sont relayées par la population qui du coup fuit l’espace public.

Quel lieux sont anxiogènes ?

Quelles sont ces incivilités ?

Comment rester objectif ?

L’espace public est surtout dédié aux voitures. Comment circuler en sécurité avec des poussettes ?

Il faudra recenser les lieux à aménager.

L’espace public est sous-occupé.

Franck (TEMS) : Moissac traverse une période particulière en ce qui concerne les échanges entre communautés. Des Bulgares sont arrivés pour travailler dans des exploitations agricoles. Cette arrivée est facilitée par l’élargissement de l’Union Européenne et c’est une main d’œuvre sous-payée qui ne compte pas ses heures de travail.

Le centre ville est désaffecté par les moissugais de souche qui préfère vivre sur les coteaux. Le centre ville se paupérise, les logements en mauvais état, parfois insalubres, sont loués aux Bulgares.

Selon le sociologie Althesserre, en 10 ans, les Bulgares ont progressivement constitué une part de 8à 10 % de la population totale de Moissac. En 2018, on a constaté 400 nouvelles arrivées. Sur le plan symbolique, ces chiffres sont effrayants. Cette situation est inédite.

Cela se traduit par des regroupements d’hommes dans le centre ville, des tapages nocturnes, des voitures mal garées… Cependant les Bulgares respectent largement l’ordre public, les agressions, même verbales, sont rares. Ils sont organisées au seins d’une communauté principalement protestante baptiste et ont deux pasteurs référents, l’un à Bordeaux et l’autre à Toulouse. Ils sont tous issus d’un même secteur géographique, presque tous se connaissaient déjà avant leur arrivée en France. La concentration géographique est très forte et se retrouve dans les écoles.

Leurs enfants naissent à Moissac et grandiront à Moissac, ils resteront. Il faut donc absolument éviter la constitution de ghettos et la confiscation du centre ville.

Nicole : La collectivité, les élus ont rencontré ces référents ? Ont-ils passé des messages ? Peut-on rencontrer les propriétaires ?

Maximilien : Pour compléter ce que vient de dire Franck, en Bulgarie, le SMIC est à 285€. Nous sommes dans la même situation qu’il y a 25 ans avec l’arrivée de la vague marocaine, et auparavant avec l’arrivée importante de la communauté portugaise.
Il il s’agit d’une migration économique renforcée par la recherche sur notre territoire d’une main d’œuvre bon marché et corvéable. Que dire des moissugais de souche qui leur louent des logements dans des conditions abominables ? La municipalité a-t-elle la possibilité d’agir ? Quelle serait une vraie politique du logement ? Avec main mise du foncier ?
Sur le communautarisme, il faut être attentif à poser les questions à l’ensemble des communautés, et ne pas en stigmatiser une seule.

André (TEMS) : il faut mettre la FNSEA devant ses responsabilités, les agriculteurs amènent les saisonniers et organisent leur travail.

Françoise (Escale Confluences) : Escale Confluences joue un rôle déterminant auprès des Bulgares entre autres, nous avons 3 médiateurs parmi nos salariés qui s’ajoutent aux deux en poste à la mairie, ils font un travail colossal de rencontre et d’écoute. Nous venons d’ouvrir un espace de médiation, rue des Arts. Un de nos médiateurs parle le bulgare couramment. De plus nous allons mettre en place des cours de conversation française.

Philippe : j’ai été expatrié en Espagne, j’ai rencontré le problème de la langue. La France intègre très mal.

Serge : ces premières interventions portent sur les Bulgares, mais le thème de la soirée n’est pas ”intégration de la communauté bulgare”.
Il faut rencontrer les gens susceptibles d’utiliser l’espace public, l’aménagement de l’espace public doit permettre de le faire avec toutes les communautés.

Yannick (TEMS) : Les modalités d’accueil sont à mettre en place. Rome a été fondée par la lie de la société italienne. La fondation d’une ville est une décision juridique et politique, décidons d’être accueillants.

Ignace : je suis fils d’immigrés italiens, ne plus parler la langue d’origine est-ce encore possible ?

Marie (TEMS) : les instituteurs se retrouvent parfois avec 17 élèves non francophones dans la même classe, ils accompagnent les parents, même si ce n’est pas leur rôle. L’école des parents existe-t-elle encore ?

Aurélie : au collège il existe des dispositifs pour les parents, y viennent surtout des femmes maghrébines, il est très difficile d’y faire venir les Bulgares.
On y explique les codes de la vie ici, on crée du lien. Le niveau s’améliore, les filles donnent l’exemple.
Il faut créer des liens ensemble. Nous vivons cloitrés chez nous, Maghrébins et Bulgares vivent dans la rue.
Les Bulgares de Moissac sont des Rois, ils sont habitués au racisme là-bas, ils s’attendent à retrouver et à vivre le racisme ici.

Maximilien : Quand le groupe Balkanes est venu au Festival des Voix il y a quelques années, il chanté pour les Bulgares qui déclaraient leur étonnement qu’on s’intéresse à eux. Aller vers ne suffit cependant pas, les trafics traversent les communautés, la puissance publique doit jouer son rôle.

Gérard : Aux Restos du Cœur, on donne des cours de français et les femmes viennent s’y rencontrer. Y a-t-il suffisamment d’information sur les cours donnés dans les associations ?

Nathalie : sur le port il y a une grande maison habitée par des Bulgares. Les Anglais qui vivent sur les bateaux organisent régulièrement des barbecues, mais la police municipale a restreint le nombre de barbecues pour éviter que les Bulgares aient l’idée d’en faire à leur tour… Du coup le camion des fish and chips ne vient plus, les  Anglais se réunissent moins, le quartier s’endort…
Il faut comprendre que pour cette communauté bulgare, vivre dehors c’est leur façon de vivre (comme nous il y a quelques dizaines d’années…).
Les ados s’adaptent mieux que leurs parents.
Autre problème : dans cette maison du port, vivent 5 personnes en hiver et 22 en été pour le travail. Les employeurs logent une partie de leurs saisonniers et les logements sont souvent insalubres. Et quand on vit à 20 dans un logement insalubre, on vit dehors.

Marie (TEMS) : le maire a la responsabilité de la lutte contre les logements insalubres.

Estelle (TEMS) : le préfet peut se substituer au maire si nécessaire, mais il faut être volontariste

Franck (TEMS) : L’Opération Programmée pour l’Amélioration de l’Habitat (OPAH) a fonctionné pour les propriétaires occupants leur logement, mais pas pour les logements loués.

Serge : y a-t-il des rapports de gendarmerie qui pointent cette responsabilité ?

Estelle (TEMS) : Des rumeurs courent sur les voitures utilisées par les Bulgares. Au cours d’une réunion organisée par la préfecture et la gendarmerie, il a été précisé que s’ils utilisent souvent des grosses voitures, elle sont vétustes vieilles. Seules 2 voitures neuves et chères posent question sur les revenus de leurs propriétaires. Il faut lutter contre les recruteurs ici et là-bas. Ils contrôlent les comptes bancaires et encaissent globalement les salaires qu’ils redistribuent seulement en partie ensuite. Ils faut informer les victimes de leurs droits.

Françoise : Escale Confluences accompagne la Poste et Pole Emploi pour les aider à comprendre les démarches administratives. Le local de la rue des Arts est maintenant repéré et ils viennent de plus en plus nombreux.

Franck (TEMS) : je vais dire quelque chose de très impopulaire : l’intégration à la française est un mythe créé pour empêcher la progression sociale. Les communautés existent, il faut travailler avec elles. l’intégration c’est la progression sociale.
Que veulent les communautés ?
Comment envisagent-elles l’espace public ?
Imposer une vision est voué à l’échec, il faut inventer une conception de l’espace public ensemble. Vivre en veut pas dire ”vivre comme nous”.

Nachida (TEMS) : je suis arrivée d’Algérie en 1962, l’est l’arrivée soudaine d’une masse qui fait peur.

Travailleuse sociale : Je suis maman et je vis en centre ville, je teste les trottoirs avec une poussette et je constate que l’e’space public est envahi par les voitures. Quand l’espace public offre des bancs, deux, des arbres, des poubelles… on a envie d’y aller et d’y rester. A Moissac, il y a 2 endroits pour les enfants jouer, près du Moulin et dans le square Firmin Bouisset. Les enfants sont un sujet de discussion et de rencontre.
Y a-t-il des lieux pour les jeunes, les ados ?
Moissac plage fonctionnait très bien. Pourquoi l’avoir supprimé ?

Le voisinage est important, c’est la personne qui reçoit qui doit faire le premier pas .

Nachida (TEMS) : il n’y a plus de repas de quartiers. C’était pourtant super.

Sylvain : on n’a pas parlé du Tarn qui est pourtant la voie structurante de Moissac. Pourquoi ne pas utiliser le Tarn pour la rencontre et le dialogue ?

Sonia et Jean-Paul (TEMS) : l’uvarium et l’esplanade des Justes doivent redevenir des lieux de fête et de rassemblement.

Frédéric : deux lieux sont à redécouvrir, l’uvarium qui permet de respirer hors centre ville, et l’abbatiale qui enferme Moissac culturellement. Il faut y travailler.

Dominique (TEMS) : si les lieux étaient conviviaux ils seraient fréquentés. Mettons des bancs place des récollets et tout change !