Réunion publique du 13 mars 2019

MOISSAC, VILLE ACTIVE
Faire de Moissac un pôle d’excellence pour les fruits bio

Centre culturel Henri Ena – 38participants

Les réunions publiques de TEMS ont pour but de débattre des axes du projet pour Moissac préparés par les membres du collectif. Il n’est pas question d’y présenter un programme, mais d’y discuter et recueillir des propositions venant du plus grand nombre de personnes possibles.

A l’issue de ces réunions, le 23 octobre, une synthèse construite autour des 9 axes d’action sera présentée, ce sera la matière du projet programme que TEMS proposera et défendra lors des prochaines élections municipales à Moissac.

Ce projet se veut être le plus pertinent par rapport aux spécificités de Moissac et de son environnement, loin des programmes tout faits plaqués sur des réalités urbaines souvent très différentes.

Présenta)on du thème du jour par Robert ( TEMS ) : « C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas. »

Rappel de quelques chiffres : mondialement, l’agriculture bio mobilise 87 pays. La France, qui est à l’origine d’une majorité de textes garanIssant ce type de producIon, est le 2è marché de la consomma)on bio en Europe, où le marché bio pèse 40 milliards, et l’Allemagne se taille la part du lion avec 10 milliards.

15% des Français consomment bio quo5diennement et 93% d’entre eux plébiscitent la filière bio, pourquoi ? Par souci de la qualité environnementale et d’accéder à une alimenta5on naturelle et saine.

En 5 ans, le marché a doublé et en 2022, la SAU (Surface Agricole UIle) passera de 6 à 15% en France. La filière crée de plus en plus d’emplois.
Plus de 32.000 exploita)ons sont conver)es en bio ou en voie de l’être, soit plus de 8% des fermes françaises. 460 magasins ont ouvert en 2017.

L’un des accompagnements à la producIon bio est la mise en place d’un programme AmbiIon Bio 2022 doté d’un budget de 1,1 milliard d’euros.

Si l’agriculture bio ne va pas remplacer l’agriculture convenIonnelle, l’avenir de ce marché bio est “ énorme “.

4ième au niveau européen, la région Occitanie est la 1ère région de France de l’agriculture bio et dont l’objecIf est de devenir la première région européenne en terme d’énergie posiIve et du bien produire/bien manger.

La producIon fruiIère en Tarn & Garonne est une producIon phare du département ( N°1 na)onal en produc)on de pommes, 200.000 tonnes ), avec 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, et l’agriculture rprésente 7% des emplois du département ( 8000 emplois fixes ), plus 20.000 saisonniers, et malgré que 1.500 exploitaIons soient sans futur repreneur actuellement.

Dans ce contexte, Moissac, déjà bien placée, peut-elle prendre l’initiative de se posi9onner comme une référence nationale en production bio, devenir un pôle d’excellence bio ?

Moissac est déjà un des 3 pôles de la produc)on frui)ère françaiseMais la situa)on globale n’est pas si posi)ve : la producIon fruiIère française est en baisse, le coût de la producIon ne baisse pas et ne saurait baisser si on veut garder de la qualité. Difficile de faire face à la Pologne, où l’on constate une augmentaIon de la producIon mais aussi de la qualité, comme à la Chine qui ambiIonne de devenir N°1 en producIon de pommes.

Dans ce contexte mondial, il est donc nécessaire que Moissac garde une identité et soit une référence en ma)ère de producyion fruitière et soit associée à la qualité et à la diversité de cette filière de production.

Il ne s’agit pas de faire un territoire exclusif du bio mais d’avoir une image de locomoIve économique pour afrer de nouveaux producteurs, pour entrainer le dynamisme autour du fruit, du maraîchage.

Les enjeux pour Moissac sont :
– Par)ciper à la dynamique déjà en place et l’amplifier.
– Devenir un lieu de rencontres et de séminaires pour être un centre d’échanges d’informa)on et de décision, en s’appuyant sur les capacités d’accueil de la ville.
– Saisir ceXe opportunité pour redonner aux marchés de plein vent du samedi et du dimanche pour qu’ils redeviennent des lieux aXrac)fs régionaux avec des produits locaux de qualité.
– Relever les enjeux locaux : créer des liens entre le local et le na)onal.

Robert ( TEMS ) : Il est nécessaire de redonner une idenIté forte au marché pour développer un label de qualité avec des producteurs cerIfiés.

Jean-Luc : Si une nouvelle image ajracIve de Moissac, lointaine banlieue de Toulouse, est à donner, comme une image de marque, alors pourquoi pas celle de la capitale française du fruit bio ?

Michel B. : Le bio est devenu un atout commercial, quelle est votre définiIon du bio ? Avec le transport, le produit bio de Chine l’est-il encore quand il arrive dans nos assiejes ?

Sonia ( TEMS ) : Le mot est peut-être galvaudé, mais j’y vois une culture qui s’engage à respecter les ressources terre et les humains qui l’habitent.

Robert ( TEMS ) : C’est l’enrichissement du sol en maIères organiques pour nourrir la plante et développer ses défenses naturelles. Les modes de producIon sont définis par des cahiers des charges extrêmement précises qui bannissent les produits chimiques de synthèse. cependant on peut excepIonnellement uIliser certains produits chimiques dans un cadre très réglementé.

Michel M. ( opérateur bio ) : Pour la distribuIon des produits, il y a une obligaIon de transport, mais le bio ne subit pas d’altéraIon. Et en produits frais, on n’est pas inondé par des produits venus de Chine par exemple. En bio comme en convenIonnel, les transports et la communicaIon vont de plus en plus vite. En France, on a probablement le meilleur réseau de distribuIon d’Europe. Sur notre territoire, le produit va du producteur dans l’assieje du consommateur en 18 heures, c’est excepIonnel. Et Moissac est très bien placé dans ce disposiIf. En terme de bilan carbone pour les transports longs, est-ce bien judicieux ? C’est un autre débat. On vit des incohérences tous les jours.

Grâce aux consommateurs, il y a une volonté de consommer des produits frais locaux. Cela arrive, une voire deux généraIons seront nécessaires.

Gilles : Le bio, c’est compliqué. Les producteurs travaillent beaucoup, surveillent la météo, les pluviomètres… C’est plus confortable en convenIonnel. Je suis technicien de raisins de table depuis 30 ans et, actuellement, aucune recherche française n’est faite sur ce sujet. On déplore la dispariIon d’exploitaIons du Chasselas. Ici, vingt ans plus tôt, on avait 500 producteurs et 1200 hectares exploités, aujourd’hui, on en est à 232 producteurs et 462 hectares. Dans les 5 ans à venir, 80 exploitaIons n’ont pas de repreneurs. C’est le problème N°1. Sur le melon, il y avait 20 peIts producteurs il y a 30 ans, plus un seul aujourd’hui. Et sur le Chasselas, on a déjà deux gros opérateurs commerciaux.

Marie-Hélène : Je suis formatrice en arboriculture, on a très peu de personnes qui souhaitent s’installer. La reprise d’exploitaIon est très difficile et très coûteuse…

Michel M. : Ces 10 dernières années, on a relancé quelques peItes exploitaIons que le bio a évité de disparaitre. On a un terroir à mejre en avant dont vous n’avez pas parlé. On a des variétés assez faciles : le Chasselas de Moissac, la prune, la cerise. Le chasselas est en AOP ( AppellaIon

d’Origine Protégée* ), la Reine-claude est label rouge, la cerise est la marque d’une démarche qualité, peu de fruits sont labellisés.

Thierry S. ( producteur bio ) : Si on vient du convenIonnel, on a du mal à sauter le pas car les arguments sont sévères : on baisse la producIon et on augmente le travail et la technicité à fournir…

Philippe(arIsan boulanger) : Redynamiser les points forts me semble une bonne idée. Quand je vois le marché, il y a de plus en plus de fripiers… plutôt que des exposants locaux. Il ne faudrait pas que ça se délite. Il y a peut-être du ménage à faire sur ce marché.

Robert ( TEMS ) : Le marché de Millau a été labellisé, ça intéresse les consommateurs.

Philippe (arIsan-boulanger) : Le bio est-il rentable aujourd’hui ? Il y a une haute exigence en France. Ce n’est pas le même bio qu’en Espagne ou en Pologne.

Marie D. : Pour le choix des produits, les Français sont exigeants, par exemple pour le glyphosate, c’est eux qui demandent son interdicIon, les Allemands non… En agriculture bio, on dépend d’un cahier des charges européen. L’INAO ( InsItut naIonal de l’origine et de la qualité ) régit les mises à disposiIon des produits phytosanitaires non issus de la chimie de synthèse et fait passer les dossiers au niveau européen.

Philippe (arIsan-boulanger) : Faire de Moissac une plaque tournante du fruit bio, c’est un pari, mais est-ce que ça ne concerne pas aussi d’autres producIons que le fruit ou l’agriculture raisonnée ?

Régis ( TEMS ) : Au niveau naIonal, Moissac est connue pour son Chasselas et son cloître. Les clients bios connaissent Moissac. Le propos, c’est d’idenIfier à nouveau ceje ville liée au fruit, et pas exclusivement bio, et sans faire de comparaisons entre les systèmes de producIon. Dans un contexte de compéIIon mondiale, la quesIon, c’est comment différencier et défendre nos produits ? Comment on fait pour répondre à deux enjeux de société : l’environnement et la santé ? Toutes les iniIaIves sont bonnes. Sur notre territoire, une parIe de l’avenir est dans la producIon bio. On est au condiIonnel : on voudrait devenir une cité du fruit. Si Moissac est idenIfiée à une volonté bio, derrière se profile un autre état d’esprit, une autre éthique, une qualité de vie différente, pour afrer d’autres personnes. On va mejre en avant une locomoIve : le fruit, et derrière les wagons, le bio en premier puis les autres produits…

Emmanuelle : Le levier majeur pourrait être la santé. En allant au marché, je pense au mot santé et à l’éducaIon de nos enfants, qui peut passer par l’alimentaIon dans les canInes.

René : Parlons des prix du bio, ils flambent.

Michel M. : Une filière, c’est des producteurs et des consommateurs et des intermédiaires, qui sont indispensables. Sur un produit, quand le producteur perçoit 1 euro, avec les différents intermédiaires, le consommateur paie au final entre 2 et 3 euros. Certains producteurs ont un

produit de valeur 1 euro et vont le vendre 1,50 euros au marché, ils ne se paient donc pas leur transport ni leur temps passé à vendre sur le marché.

Régis ( TEMS ) : Quand on a le choix entre divers distributeurs, grandes surfaces, marchés, commerçants, on peut être un acteur ajenIf aux prix.

Jules (lycéen) : Le bio doit passer par la canIne des établissements scolaires. Car c’est former les futurs consommateurs et permejre le développement du bio par l’éducaIon. Comment avoir une meilleure distribuIon du bio dans les canInes et sans augmenter le coût des repas ?

Marie-Hélène : Il y a une obligaIon bio de 20% et bientôt de 50%. Ça pourrait être une prise de posiIon de la municipalité quand les canInes en dépendent.

Estelle ( TEMS ) : Pour le financement des repas, les subvenIons sont accordées par la région pour les lycées, par le département pour les collèges et par la municipalité pour les primaires.

Thierry S. : Nous avons monté une associaIon de producIons de fruits bios il y a 10 ans. On était 20, aujourd’hui, nous sommes 40. On a travaillé avec la restauraIon collecIve et on s’est aperçu qu’il fallait une volonté des décisionnaires poliIques, du gesIonnaire de l’établissement, mais aussi un équipement de cuisine et une volonté du cuisinier. L’asso BIO 82 dirigeait les produits bios vers les canInes, avec un animateur qui faisait de la pédagogie, en ayant des coûts ajracIfs, mais elle a disparu faute de subvenIons européennes. Elle montait aussi des marchés de plein vent.

Philippe (arIsan-boulanger) : Pourquoi ne pas créer des coopéraIves pour lujer contre les grandes surfaces et contrer des firmes comme la Sodexo ?… Si on veut aller vers le local, c’est possible. Il n’y a pas que le Chasselas, il y a beaucoup de choses à valoriser ici, les noix, les noisejes… La mairie doit faire de gros efforts de communicaIon aussi.

Delphine (fruIcultrice): Beaucoup d’exploitaIons se converIssent au bio actuellement, moi-même je suis en conversion. Mais on a besoin de vivre, il faut qu’on s’en sorte, en agriculture raisonnée ou bio. Il y a une urgence absolue. Nous, on vend pas cher, on s’en sort pas. Rien n’est fait au niveau des collecIvités : canInes, hôpitaux, prisons, EPHAD… Les producteurs locaux doivent revenir sur le marché de Moissac, mais moi je ne peux pas. J’ai aussi besoin d’une vie de famille et de temps pour moi, le week-end je ne peux pas être sur le marché… Peut-être qu’avec des relais, des intermédiaires qui achèteraient nos produits et les revendraient sur le marché…

Régis ( TEMS ) : La municipalité ne peut pas créer, ne peut pas dire : « Vous faites comme ça. » … Mais elle peut aider à l’installaIon, elle peut dire : « On va se débrouiller pour que les gens viennent… » Son rôle, c’est de rendre les choses faisables.

Michel M. : Le consommateur est un acteur décisif dans l’évoluIon des choses. On doit collaborer avec lui, le sImuler.
Marie : On doit réfléchir en terme de filières. Pourquoi faire nécessairement de la pomme et pas du raisin de table, de la cerise, du melon ? On n’a pas parlé d’élevage non plus. L’agriculture bio en a besoin, pas nécessairement sur l’exploitaIon, mais pour l’entreIen des sols. L’agriculture convenIonnelle doit exister mais elle doit évoluer dans le sens d’un changement qui respecte de

nouvelles normes. Moissac a reçu l’ITAB et le GRAB ( ? ) pour des journées techniques naIonales. L’INRA travaille sur le bio, pour faire avancer tout ce qui est technique, on peut poser des quesIons à ces organismes, faire remonter des demandes, il y aura des avancées, il y en a eu depuis 15 ans.

Notes :

*AOP : Signe d’idenIficaIon européen. Créé en 1992, ce label protège « la dénominaIon d’un produit dont la producIon, la transformaIon et l’élaboraIon doivent avoir lieu dans une aire géographique déterminée et avec un savoir-faire reconnu et constaté. »

* INAO ( InsItut NaIonal de l’Origine et de la Qualité ) : Etablissement public administraIf, doté de la personnalité civile, sous tutelle du ministère de l’Agriculture et de l’AlimentaIon.
L’INAO est chargé de la mise en œuvre de la poliIque française relaIve aux signes officiels d’idenIficaIon de la qualité et de l’origine ( SIQO ) des produits agricoles et agroalimentaires : AppellaIon d’origine contrôlée ( AOC ), AppellaIon d’origine protégée ( AOP ), IndicaIon géographique protégée ( IGP ), Spécialité tradiIonnelle garanIe ( STG ), Label rouge ( LR ) et agriculture biologique ( AB ).

Toutes les régions françaises sont concernées par ces sigles. Selon la dernière enquête sur la structure des exploitations, environ 10 % des exploitations agricoles ( hors viticoles et biologiques ) en France disposent d’au moins une production sous IGP, Label rouge ou AOC/AOP.

En 2017, l’INAO encadrait plus de 1100 produits, parmi lesquels on dénombre 363 vins AOP/ AOC, 74 vins IGP, 51 boissons spiritueuses, 100 AOP agroalimentaires et 140 produits agroalimentaires sous IGP. Il suit également plus de 400 cahiers des charges de produits label rouge. Pour le secteur de l’agriculture biologique, en 2017, on comptait en France plus de 54 000 opérateurs (producteurs, transformateurs, distributeurs et importateurs) engagés.

*SAU : La surface agricole utile (SAU) est un concept statistique destiné à évaluer le territoire consacré à la production agricole. La SAU est composée de :

terres arables ( grande culture, cultures maraîchères, prairies artificielles… ),

surfaces toujours en herbe (prairies permanentes, alpages),


cultures pérennes ( vignes, vergers… )

Elle n’inclut pas les bois et forêts. Elle comprend en revanche les surfaces en jachère (comprises dans les terres arables).

En France, la SAU représente environ 29 millions d’hectares, soit 54 % du territoire national. Elle se répartit en terres arables pour 62 %, en surfaces toujours en herbe pour 34 % et en cultures pérennes pour 4 %.

*ITAB : Institut Technique de l’ Agriculture Biologique
*GRAB : Groupe de Recherche en Agriculture Biologique, basé à Avignon *FRAB : Fédération Régionale de l’Agriculture Biologique